16 - Les grenades suffocantes 14-18

Les Français se sont intéressés avant guerre à l’utilisation de substances incapacitantes dans des opérations de Police. « En 1912, la Préfecture de police du département de la Seine avait nommé une commission pour mener des expériences et fabriquer une grenade chargée de substance permettant d’arrêter les malfaiteurs. Cette commission fut composée d’un membre de l’Institut Pasteur, d’un membre de l’Académie de médecine, de monsieur Kling, directeur du laboratoire municipal de la ville de Paris, du capitaine Delacroix de la section technique du génie, et de monsieur Sanglé-Ferriere, chef du laboratoire municipal. L’éther bromacétique (bromacétate d’éthyle) avait été retenu et ce produit avait permis l’arrestation de la célèbre bande à Bonnot à Choisy-le-Roi en 1912.
Devant le succès de cette substance, l’Etablissement central du matériel du Génie avait décidé d’adopter une grenade copiée sur le modèle en usage à la Préfecture de police. Depuis, l’armée française possédait des projectiles de pistolet lance-fusées chargés de 19 cm3 de ce produit, ainsi que des grenades suffocantes à l’éther bromacétique et cela déjà, depuis une décision du 8 juillet 1913. Ces armes étaient destinées à un usage intérieur, la volatilité du produit les rendant pratiquement inefficaces à l’air libre. Cependant, sa toxicité n’était pas négligeable, car une minute passée dans une atmosphère à 3g/m3, concentration que l’on obtenait aisément par l’explosion d’un projectile dans un espace clos, était mortelle. On fit usage de ce produit dès le début des hostilités. Les produits chimiques étaient fournis par l’usine Poulenc et l’enveloppe et le chargement réalisés par l’établissement Ruggieri. Les stocks seront vite épuisés, et une nouvelle fabrication de grenades suffocantes françaises débutera en novembre 1914, mais la carence en brome imposera alors le remplacement de l’éther bromacétique par de la chloracétone.

Ci-contre en lien du site " Guerre des gaz "

Grenade suffocante Mle 1914  :
On distingue le modèle précoce en feuille de laiton d’1mm, étamé à l’intérieur puis un modèle tardif en fer plombé pour résister à la corrosion du liquide lacrymogène.
La forme générale ovoïde est identique entre les deux modèles, composée de deux cupules soudées à l’étain. La cupule supérieure est taraudée à son sommet pour recevoir une gaine contenant en charge de poudre noire, celle-ci elle-même taraudée reçoit un système d’allumage à friction protégé par  un bouchon.  La grenade était accompagnée un frottoir inclus dans l’étiquette mode d’emploi pendue au bouchon. Son poids était de 450 g dont 250 g d’éther bromacétique.

On retrouve deux variations de la cupule supérieure au niveau de l'insertion de la gaine sur les grenades en laiton :
- type 1 :  insertion sur une cupule supérieure sans collet.
- type 2 :  insertion sur une cupule supérieure présentant un collet de quelques millimètre de hauteur.  
La cupule inférieure est plate d’un seul tenant ce qui permet de différencier le Mle 1914 métallique d’une grenade incendiaire Mle 1916 dont la base est pourvue d’une rondelle métallique soudée servant au remplissage.

 

Suffocant mle 1914 a

Dès le début de l’année 1915, on imagine d'utiliser à grande échelle la grenade suffocante dans les tranchées. Le 21 février 1915, paraît une notice sur les engins suffocants destinée à accompagner leurs livraisons en première ligne. Le 17 mars, 10 000 grenades supplémentaires et 10 000 fusées seront livrées au front, mais l’engin a un tel succès que le ministre de la Guerre renouvelle sa commande le 30 mars, et demande la livraison de 90 000 paires de lunettes destinées à la protection des assaillants. Les troupes les réceptionneront à partir du 20 avril.
D’autre part, dans les premiers jours de janvier 1915, le directeur de l’Institut Pasteur, le docteur Roux, avait présenté au général en chef la proposition de l’un de ses chefs de service. Gabriel Bertrand, 48 ans, pharmacien et chimiste de grande renommée, est également un profond patriote. Chef du service de chimie biologique de l’Institut Pasteur à l’age de 33 ans, il connaît parfaitement l’industrie chimique allemande, puisqu’il a visité les principaux laboratoires de l’Empire avant-guerre. La grenade, mise au point par ses soins, est constituée de 6 fragments en fonte, formant une sphère creuse, et contenant en son centre une ampoule en verre, remplie de chloracétone, une substance lacrymogène. En tombant sur le sol, l’ampoule se brise et libère son contenu. Peu efficace, la grenade est destinée à être utilisée dans un espace clos. Le général en chef, trouvant l’idée intéressante, avait donc demandé au général Curmer, qui s’occupait alors de la mise au point d’armes spéciales, de suivre cette proposition, et celui-ci prit donc contact avec monsieur Bertrand le 4 janvier. Une commande de grenades fut ensuite passée, et le 24 avril fut diffusée la notice descriptive de la grenade Bertrand en même temps que sa livraison sur le front. »
Entre le 1er  juillet 1915 et 11 novembre 1918, 1 100 000 grenades suffocantes modèles 1914 et 1916 seront produites.

Grenade Mle 1915 « Bertrand N°1» :
Elle est constituée de 6 écailles de fonte percées d’un trou central liées par du fil de fer et scellé par un plomb l’ensemble entourant une ampoule de gaz lacrymogène. La partie interne de l’écaille présentait près du trou central, 4 excroissances en épines qui permettaient en l’absence de détonateur, de biser l’ampoule à l’impact.
Il est bien évident que cette grenade très fragile devait être d’un emploi malaisé dans le vif de l’action. Poids 200 g dont 25 g d’éther bromacétique.

 

Grenade Mle 1916 « Bertrand N°2» :
Identique en taille et forme à la précédente mais d’un poids de 400 g  certain modèle seront réalisée en porcelaine.

Bertrand 1915

 

 

 

Grenade suffocante Mle 1916  :
C’est un modèle de forme similaire au modèle 1914 avec un corps uniquement en métal de 90 mm de haut pour 60 mm de large modifier pour recevoir les nouveaux allumeurs. Elle reçoit à son sommet, une bague en laiton taraudée pouvant recevoir indifféremment un allumeur à percussion (généralement Mle 1916) ou un allumeur automatique (Billiant Mle 1916 le plus souvent).
Poids 400 g dont 200 g d’acroléine.

 

De forme quasi-identique à la grenade incendiaire et fumigène automatique Mle 1916, on la distingue facilement à la présence de la bague en laiton qui n'est jamais présente sur le modèle incendiaire.

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