6 - Les grenades d'improvisation et autres pétards

Petards1

De droite à gauche : Pétards de destruction de barbelés, grand et petit modèle; Pétard d'improvisation double cartouches et tiges d'acier fixées par une spire de fil de fer; Pétards calendrier petit modèle en tôle cloutée peu usuel (origine allemande ?) et modèle plus " standard "; 2 Pétards raquettes de la IIIème armée à tube lisse; Grenade F2 second modèle. En bas, 2 pétards de cavalerie Mle 1886 de 135 g.

 

Les débuts de la guerre de position mettent en évidence la nécessité d’utiliser les grenades dans l’attaque et la défense des tranchées. Les grenades à disposition (Mle 1847 et 1914) tardent à parvenir au front et conduisent les poilus à improviser des engins explosifs à partir des explosifs à disposition.

Ces explosifs se présentent sous forme de pétards ou de cartouches.

Pétard de mélinite Mle 1886 ou de 135 g :

Il est constitué par une enveloppe parallélépipédique en laiton, munie d’un couvercle soudé portant une douille d’amorçage ; la douille comporte 3 petites ailettes en laiton destinées à retenir l’amorce ; elle est fermée au moyen d’une rondelle de carton et d’une bande à anneau qu’il faut arracher pour découvrir la douille. L’extrémité inférieure porte un anneau et les indications de lot.
Le poids total est de 200 grammes environ pour une longueur de 146 mm ; Il contient un tiers de mélinite pulvérulente et deux tiers de mélinite fondue.

Pétard de mélinite Mle 1904 ou de 60 g :

Dit « pétard de relais », il est parallélépipédique et traversé dans sa longueur par un canal central. Il est chargé de mélinite pulvérulente. Son poids est de 90 grammes. 

Cartouche de mélinite Mle 1890 ou de 100 g :

La cartouche est cylindrique ; son diamètre est de 2 cm 85 chargée de 100 g de mélinite pulvérulente. Il reçoit une douille identique au pétard de 135 g sur une extrémité et l’indication de lot sur l’autre extrémité. Le poids total est de 130 à 140 g. C'est cette cartouche qui sera initialement utilisée pour les pétards de la IIIe armée.

Cartouche de cheddite de 100 g :

La cheddite ou poudre O est un explosif chloraté inventé par les ingénieurs Georges Bergès et Paul Corbin vers 1998 et fabriqué à Chedde en Haute Savoie d'où son nom. La cheddite est moins puissante que la mélénite et plus sensible au choc et à la friction. Elle a essentiellement une vocation civile et concurrence jusqu'en 1914 la dynamite. Son utilisation préférentielle pendant la guerre découlait d'un régime juridique préférentiel. En effet, en 1875, une loi avait soustraite au monopole d'état la fabrication de la dynamite au profit d'une société privée la Société Générale pour la fabrication de la Dynamite localisée à Paulilles (Pyrénées-Orientales). A l'arrivée d'un concurrent, l'état avait conclue un marché en fabriquant la cheddite en vrac et en la revendant aux secteurs privés pour encartouchage. Pour en favoriser l'utilisation, la cheddite était assimilée à la poudre noire et pouvait circuler librement et être stockée sans contrainte et sans limite de temps. Ce régime de faveur n'était bien sûr pas appliquer à la dynamite. Il s'en suivi une large préférence pour la cheddite dont les stocks étaient importants et à disposition de l'état français lorsque les stocks de mélinite disparaitront.

A partir de 1915, elle sera utilisée également pour le chargement des grenades.

Grenades d'improvisation :

Des grenades rudimentaires seront composées à partir de ces pétards et cartouches explosifs, agrémentées de fragments divers (clous, barres d’acier…) ficelée au fil de fer autour d’une plaquette de bois pourvu d’un manche. Le système de mise à feu était rudimentaire.  Par la suite, ces grenades d’improvisation seront réalisées par les parcs d’artillerie de l’arrière selon un certain standard.

 

Schématiquement, il est possible de distinguer :

- Pétards d’improvisation
- Pétards «  Calendier »
- Pétards de la IIIème Armée
- Pétards de destruction des Barbelés

Pétard Raquette d’improvisation :

Il est constitué d’une ou plusieurs cartouches explosives de mélinite entourée de tiges d’acier fixées au fil de fer enroulé en spirale sur une planchette de bois. L’allumeur est composé d’un allumeur à traction Mle 1913 ou par un cordon Bickford allumé au briquet.
Plusieurs types sont décrits bien que les variations soient nombreuses en raison du caractère artisanal de leur fabrication. 

Pétard Calendrier :

C’est plus un type car le modèle est resté artisanal et les variations d’un type à l’autre sont fréquentes (mode d’allumage, crochet de ceinture, suspension par manche, forme et taille de la boîte,…)
On parle de pétard calendrier car la cartouche était enfermée dans une boîte rectangulaire accompagnée de mitrailles (cailloux,  clous ou autres projectiles métalliques). La forme rectangulaire rappelle la forme d’un bloc note calendrier de 365 pages.

Pétards de la IIIème Armée :

Le pétard dit « de la IIIème Armée » constitue une standardisation des improvisations initiales par des ateliers de fabrication à l’arrière du front.

Il est constitué d’un tube d’acier de 12,5 cm sur 3 cm attaché sur une planchette en bois et  renferme une cartouche d’explosif relié à un cordon Bickford. L’explosif utilisé était initialement une cartouche de 100 g de mélinite puis de 100 g de cheddite en 1917. L’ensemble est imperméabilisé à la cire.
Ce pétard se rencontre avec 5 types différents de tubes d’acier :
- Tube d’acier lisse extérieurement et intérieurement.
- Tube de fonte fragmenté intérieurement.
- Faisceau de tige d’acier de 5 mm de diamètres et de 12.5 centimètres de longueur.
- Tube de fonte à gros quadrillage extérieur.
- Tube de fonte à petit quadrillage extérieur et base plate pour faciliter l’assemblage sur la planchette.

Le système de percussion est composé d’un bloc de bois percé à son extrémité inférieure pour recevoir une des extrémités du cordon Bickford. Le centre du bloc de bois est percé d’un trou et reçoit deux amorces de fusil de chasse en contact avec le cordon Bickford. Ces amorces sont percutées à l’aide d’un clou sur une surface dure. Avant usage, le clou est placé sur l’extrémité supérieure du bloc de bois dans un orifice spécial. Un fil de fer relie le clou au pétard pour éviter une perte accidentelle.   

Petards iiie armee

Pétard de destruction de barbelé :

Il s’agit d’une variante standardisée des pétards raquettes destinées à la destruction des réseaux de barbelés. Il est composé d’un cylindre de tôle d'environ 65 mm de diamètre roulé et riveté fermé par des tampons de bois. Le tampon inférieur d'une longueur de 14 cm est muni d’un manche et reçoit un système d’allumage soit par traction Mle 1913, soit une mèche d’un retard de 5 secondes. Le tampon supérieur ferme le cylindre. Il est souvent inscrit par marquage au fer le délai d’allumage  « 5 s ».
Il en existe deux tailles : - un petit modèle de 29 cm (tôle de 13.5 cm de longueur) recevant  une charge explosive de cartouches de cheddite de 400 g et un grand modèle datant de 1916 de 41 cm (tôle de 25 cm de longueur) recevant  800 g de cheddite. Pour uniformiser l’explosion, les cartouches étaient reliées à plusieurs détonateurs.

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